

Vous êtes en safari. Le soleil est maintenant haut dans le ciel. Les félins dorment. Les hervivores ruminent cachés à l’ombre. La fatigue vous gagne aussi. C’est pourtant le bon moment pour chercher la faune préhistoire : les agames.
En Tanzanie, la famille des agamidés compte 12 espèces (2026). Ils sont classés ici de l’espèce la plus souvent observée à la moins fréquemment observée :
– Agama mwanzae (5 premières photo de cet article).
– Agama dodomae : endémique à la Tanzanie
– Agama lionotus : beaucoup plus vu au Kenya.
– Acanthocercus gregorii (issu de la division de A. atricollis)
– Agama armata
– Agama montana : endémique en Tanzanie.
– Agama mossambica
– Agama picticauda
– Agama kaimosae
– Agama turuensis : endémique à la Tanzanie.
– Agama persimilis
– Agama kirkii

On peut trouver au moins une espèce d’agame partout dans le pays, sauf au dessus de 2 500 m. Ils sont tous diurnes.
On peut disviser ces agames en deux groupes :
– les gros (plus de 30 cm) colorés : ils sont sur les rochers, parfois les arbres.
– les petits (moins de 30 cm ) souvent plus camouflés et au sol.
Certains individus, et en particulier les femelles, peuvent être difficile à nommer. Cependant, sur le terrain, on parvient à déterminer les mâles en croisant 3 critères : la distribution géographique, l’habitat (rocher, arbre ou sol) et les couleurs.
Pour bien comprendre où, quand et comment les chercher, on commencera par bien présenter l’agame le plus facile à observer avant de s’attarder sur les autres espèces.
Cet article présente donc trois parties :
I ) Agama mwanzae, l’espèce type en Tanzanie
II ) Les autres agames souvent observés (3 espèces)
III ) Et pour les passionnés (8 espèces)
I ) AGAMA MWANZAE

L’agame Mwanzae est le plus observé des agames en Tanzanie.
Le mâle a la première moitié du corps rose. La seconde moitié et les avant bras antérieurs sont bleus. Le rose est caractéristique et il n’y a pas de risque de confusion avec une autre espèce. C’est l’agame présenté ici sur les 5 premières photographies. La femelle n’est pas coloré et beaucoup plus difficile à déterminer. Elle ne porte pas d’ocelles contrairement aux femelles de A. lionotus et de A. dodomae.
Où ? Il occupe tout le Nord-Ouest de la Tanzanie et déborde un tout petit peu sur les 3 autres pays d’Afrique de l’Est, en particulier au Masaï Mara (Kenya).
Il fréquente les altitudes entre 1 000 et 2 200 m.
Le Serengeti et les rives du lac Victoria sont les meilleurs endroits pour le chercher. Au Serengeti, il est présent à la plupart des « gate » (Naabi hill ; Klein’s gate). Restez donc attentif, si vous entrez ou sortez aux heures chaudes. Les carrefours de grosses pistes et les zones réservées aux piques-niques sont aussi, s’il y a de gros cailloux, de bons secteurs pour le voir.
On le cherchera donc sur les blocs rocheux hauts. C’est sur ces « petits trônes » que l’agame mâle dominant se perche pour arborer ses vives couleurs et faire savoir à sa colonie que c’est lui le patron. Parfois, une seule fissure peut servir d’abrit à 20 agames. Cette technique de recherche sur les points hauts est valable pour la majorité des espèces, en fait, tous les gros agames colorés.

Quand ?
Agama mwanzae, comme les autres agames tanzaniens, peut être observé toute l’année. Le pic d’observation (juillet, août, septembre) correspond au pic touristique en safari dans les parcs nationaux du Nord. La période la moins favorable (mars, avril, mai) correspond à la saison des pluies.
Agama mwanzae a besoin de beaucoup de chaleur. On le trouvera plus facilement les jours de beau temps, au coeur de la journée. Le temps de midi est bien adapté de juin à septembre.
Agama mwanzae est assez méfiant. Il faut souvent compter une distance d’observation de 5 m. Celà dit, quand il profite des murs d’un bâtiment et qu’il voit défiler tous les touristes qui entrent au Serengeti, il s’habitue et la distance de fuite tombe à 2 m.

La reproduction d’Agama mwanzae est mal connue et on ne sait pas si il y a une période stricte pendant laquelle les mâles se parent de leurs plus belles couleures.
Toutes les photographies présentées ici sont prises en août. Les mâles arborent pourtant des roses différents : plutôt terne malgré la proximité de la femelle (photo 1) ; très vive alors que les derniers morceaux de l’ancienne peau tombent (photo 2 et 3) ; moyennement vive malgré la présence d’une femelle et de jeunes (photo 4).
La femelle (photo ci-contre), est plus difficile à déterminer. Les spécialistes eux mêmes ont parfois de grosses difficultés de détermination avec certains agames. Aussi, si vous voyez une femelle, regardez les rochers aux alentours, ceux qui sont plus hauts et au Soleil. Le mâle dominant s’y trouve sans doute.
II ) LES AUTRES AGAMES SOUVENT OBSERVES

1 ) Agama dodomae
Le mâle de cette espèce se reconnaît à sa tête orange avec un corps bleu-vert. Sa gorge présente un signe distinctif : un épais V noir à l’envers.
Il est endémique de la Tanzanie et présent entre 500 et 2 500 m. Le meilleur endroit pour le trouver est Ruaha NP. A défaut, on peut faire des prospections gratuites autour de la capitale (Dodoma, d’où son nom) ou payer cher pour inspecter les rives du lac Manyara (il est présent sur la zone des sources chaudes où on peut sortir du véhicule). Il est également vu vers Odulpai Ranger Post et, à l’occasion, au cratère du Ngorongoro.
On le cherchera comme Agama mwanzae, sur les gros rochers. On sera aussi attentif aux branches des baobabs.
Cette femelle est à proximité des sources chaudes du lac Manyara. J’y ai observé plusieurs individus mais pas le mâle dominant. Sa détermination est incertaine. Elle ressemble aux femelles d’Agama lionotus (photo juste au dessous), également présentent dans le secteur.




2 ) Agama lionotus
Le mâle à une tête jaune vive avec une crête jaune sur le cou. Le corps est bleu. L’alternance bleu-blanc de la queue est caractéristique.
L’agame lionotus est l’agame le plus observé au Kenya. En Tanzanie, il est présent de 0 à 2500 m mais les densités sont plus importantes sous 1 500 m. Sa carte de répartition est présentée plus bas dans l’article.
Le meilleur endroit pour le chercher est le pourtour du Kilimandjaro à basse altitude : le secteur de Moshi, l’aéroport du Kilimandjaro… Mkomazi NP convient bien également.
Cette espèce se recherche, elle aussi, comme Agama Mwanzae, sur les gros rochers, aux heures chaudes.
Ci-dessus à gauche : Femelle d’Agama lionotus
Ci-dessus au centre : Juvénile
Ci-dessus à droite : Mâle adulte dominant, sur « son trône ».
Ci-contre : Mâle




3 ) Acanthocercus gregorii
L’ancienne espèce Acanthocercus atricollis est aujourd’hui considérée comme un complexe d’espèce. En Tanzanie, il s’agit d’Acanthocercus gregorii au Nord. C’est probablement encore lui à l’ouest de la Tanzanie mais les populations du Sud ne sont pas clairement identiées.
Les mâles arborent une grosse tête bleue vive et le bleu est généralement présent en partie sur le reste du corps, puis ou moins mélangé avec du jaune et du vert et du noir.
Il s’agit d’agames essentiellement arboricoles. On le cherchera prioritairement dans les secteurs avec de gros arbres dans tous les types de forêt de 0 à 2 400 m. Il faut néanmoins que le Soleil puisse pénétrer sous la canopée. Le meilleur endroit pour le voir en Tanzanie est la zone boisée du cratère du Ngorongoro. Ca fait cher pour chercher un agame. Localement, on le voit aussi sur les rochers ou sur les termitières.
Ci-dessus à gauche : une femelle d’Acanthocercus gregorii dans le cratère du Ngorongoro.
Ci-dessus au centre : un mâle d’Acanthocercus atricollis.
Ci-dessus à droite : un mâle d’Acanthocercus ugandae anciennement considéré comme une sous-espèce d’Acanthocercus atricollis.
III ) ET POUR LES PASSIONNES

1 ) Agama armata
cette espèce est un petit agame sans couleurs vives. C’est sans doute le plus difficile à identifier des agames de Tanzanie. Il est brun ou gris avec une ligne plus claire sur le dos.
Présent dans tout le centre de la Tanzanie, entre 1 400 et 2 000 m. On le cherchera au serengeti, à Olduvai gorge ou dans le secteur du lac Rukwa. Il faut le chercher au sol, dans les zones de savane caillouteuse. Il faut regarder assez loin devant soit car il est méfiant et fuit facilement pour rejoindre une fissure.
2 ) Agama montana
Cette agame, difficile à caractériser par ses couleurs, à surtout la particularité d’être un petit montagnard de forêts.
Endémique de Tanzanie, il faut le chercher entre 700 et 1 400 m dans les Monts Usambara et Uluguru. On peut le trouver également au Nord de la réserve de Selous (au nord de la rivière Rufiji). C’est plutôt au sol qu’il faut le chercher.
3 ) Agama mossambica
C’est un gros agame avec un corps aplati et une série de grosses taches claires le long de la petite crête dorsale.
Il faut le chercher à basse altitude (maximum 1 200 m), dans les forêts claires et les savanes depuis Tanga au Nord à la frontière avec le Mozambique au Sud. Il est généralement au sol, sur les feuilles de la litière. Il se réfugie facilement dans les arbres.

4 ) Agama picticauda
Cet agame vit normalement autour du golfe de Guinée mais il semble qu’une petite population est pris souche à Kazilamihunda. Il est vu dans la ville et à l’aéroport de Kigoma.
Les mâles sont bleus sombre avec la tête et la queue orange.
5 ) Agama kaimosae
Ce gros agame se reconnaît à sa queue très très large à la base. Par rapport à l’agame mwanzae, dont il est sympatrique, il est orange (pas rose), souvent avec seulement les pattes bleues.
Il faut le chercher sur les kopjes du Serengeti. Il est mal connu et assez peu observé.
6 ) Agama turuensis
Cet agame, de taille moyenne, se détermine immédiatement si on parvient à voir la barre sombre sur la gorge. Ce n’est pas évident sur le terrain. Mâles et femelles portent des taches blanches sur la tête et sur le cou.
Il est endémique de Tanzanie. Pour le trouver, il faut se rendre dans le district de Kandoa et parcourir les collines rocheuses (1 300 à 2 200 m) des savanes sèches, notamment autour des villages de Unyanganyi, Mangasini et Usandawi. C’est encore un agame rupicole qui vit en colonie. On le cherchera donc comme on cherche Agama mwanze.

7 ) Agama persimilis
Ce petit agame des sols se reconnaît à sa faible taille et à son aspect tacheté « léopard » (voir les photos ci-contre et ci-dessous).
Adapté au climat aride, on ne le trouvera en Tanzanie qu’à Mkomazi NP. Il est plus fréquant au Kenya et en Somalie. Il faut le chercher au sol et dans les cailloux. Il ne vit pas en colonie et n’est pas très timide. On peut souvent l’approcher à 3 ou 4 m.
8 ) Agama kirkii
Cet agame ressemble énormément à Agama lionotus et à le même mode de vie.
En Tanzanie, il n’a été découvert que tardivement car il n’est présent qu’à Tanda (1 900 m) où il est à sa limite nord de répartition.
