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Voir la loutre d’Europe

Loutre d’Europe (Lutra lutra)
DIFFICULTE : Très difficile
EFFECTIF : Inconnu
DISTANCE DE FUITE : très variable ; 25 m au minimum pour des animaux qui n’ont pas été nourris par l’homme.

La loutre d’Europe est :
– la seule loutre présente en Europe (sur 14 espèces dans le monde).
– un des 2 représentants du genre Lutra avec la loutre de Sumatra (Lutra sumatrana).
– la loutre la plus largemment répartie.


Photo 1 à 8 : Loutre d’Europe en Espagne
Toutes les photographies ont été prises sur le secteur d’Encinarejo dans le parc naturel Sierra de Andujar en Espagne (fin décembre 2024).

Il est assez facile de repérer si la loutre est présente sur un cours d’eau. Par contre, la voir, la photographier, est très difficile. Et pour cause, la loutre est plutôt nocturne, plutôt solitaire et elle circule sur des tronçons de rivières de 5 à 15 km en moyenne. Voir la loutre est un beau défi.

Photo 2 : Loutre au Soleil
La loutre est plutôt nocturne. Il n’y a que sur les sites où elle est protégée depuis longtemps qu’elle se montre en pleine journée.


OU ?
A l’échelle internationale, la loutre occupe une grande partie de l’Eurasie, du Portugal jusqu’au Japon. Elle est présente aussi en Afrique du Nord, en particulier au Maroc.

Les pays où la présence de la loutre est la plus notée par les naturalistes sont le Royaume-Uni, loin devant la France, loin devant les pays scandinaves, puis l’Espagne, l’Irlande, le Portugal.

En réalité, le nombre de données naturalistes n’est pas pertinent pour repérer les bons secteurs pour de nombreuses raisons :
– les données sont beaucoup plus rares en Asie où la présence de plusieurs espèces (6 au total) complique le travail sur la loutre d’Europe. Les données sont importantes seulement en Corée du Sud où la loutre d’Europe est la seule espèce.
– les données concernent essentiellement des indices de présence : épreintes et empreintes. C’est clairement le cas en France par exemple.
– les données sont aussi souvent tirées de pièges photographiques.

Sur le terrain, le Portugal, l’Albanie, l’Irlande, l’Ecosse, mais aussi certains secteurs de l’Espagne et de la Scandinavie, sont les meilleurs destinations.


Photo 3 : Les vibrisses :
La loutre a une excellente vue. Ses vibrisses jouent un rôle fondamental pour repérer les poissons dans des eaux turbides et pour s’orienter dans la catiche.

COMMENT CHOISIR UNE RIVIERE ?
La rivière la plus favorable selon 2 critères :
– la quantité de poisson : la loutre d’Europe est avant tout piscivore même si elle complète ses repas par tous les vertébrés de taille modeste et par des écrevisses. La loutre est donc peu présente sur les rivières polluées car les poissons y sont moins nombreux.
– la végétalisation des berges : la loutre a besoin de talus végétalisés pour creuser sa caliche (= tanière de la loutre). L’entrée est souvent cachée dans l’eau et entre les racines. Le conduit d’aération est également caché dans la végétation. La loutre utilise aussi les berges pour s’alimenter à terre.

Photo 4 : Mouille favorable du site d’Encinarejo :
La berge est très végétalisée. La caliche est dans la végétation à droite de la photographie.

COMMENT S’ASSURER DE LA PRESENCE DES LOUTRES ?
Pour repérer la présence des loutres, les professionnels utilisent des protocoles. En voici un parmi les plus simples :
1 – Sur une carte, repérer les ponts qui franchissent la rivière inspectée. Le dessous des ponts est un passage obligé pour la loutre sur son territoire. C’est également le lieu idéal pour marquer son territoire.

2 – Avec des bottes (ou un canoé) et une paire de jumelle, on recherche les indices de présence sous le pont et jusqu’à 50 m en amont et en aval.


Photo 5 : Respiration :
Cette loutre d’Europe prend sa respiration avant de plonger pour pêcher. Elle reste souvent seulement une minute sous l’eau, mais les plongées peuvent atteindre 4 minutes.


Les indices de présence fiables sont doubles :
– les empreintes (voir la photo 6, ci-dessus à gauche.): les traces de loutre dans la boue des berges sont caractéristiques (5 doigts ; 6 cm de long pour les pattes antérieures et 7 cm pour les postérieures) mais on n’en voit pas très souvent. Parfois, la marque ne présente que 4 doigts mais l’axe de symétrie permet de deviner la position du 5e. La neige permet de détecter plus facilement la loutre.
– les épreintes (voir la photo 7, ci-dessus à droite) : il s’agit de petites crottes (« épreindre » signifiait déféquer par petits tas) constituées de restes de poissons avec des arêtes et des écailles. Leur forte odeur de poisson permet de les identifier facilement. Leurs tailles et leur formes sont variables. Elles sont verdâtres fraîches puis virent au noir. Elles sont grises au bout de plusieurs jours. Certaines vont résister à l’épreuve du temps 3 mois. Les loutres les utilisent pour marquer leur territoire. Elles sont donc placées à des endroits stratégiques : toujours sur la rivière ou la berge ; souvent en hauteur pour que l’épreinte ne disparaisse pas à la première montée du niveau de l’eau et de préférence, à l’abri de la pluie pour être efficace plus longtemps… Un gros rocher sous un pont est le lieu parfait. Les épreintes sont faciles à trouver si la loutre est présente de manière permanente.

Photo 8 : Pas vu, pas pris : la loutre repère facilement les silhouettes et le mouvement.

Photo 9 : En déplacement
La loutre nage à l’aide de ses pattes, les postérieures en priorité, et son rythme habituel est de 3 à 4/h donc celui d’une personne qui marche. C’est plus rapide que le rythme habituel des castors ou des ragondins !


COMMENT CHOISIR LA ZONE D’AFFUT ?
Une bonne zone d’affût présente :

– une mouille ou un étang de bonne taille : les loutres sont très mobiles. Leurs mouvements et les bulles qui s’échappent quand elles plongent sont beaucoup plus repérables dans les eaux stagnantes ou faiblement courantes. Les étangs proches des rivières sont souvent des zones de repos.

– des berges avec une végétation diversifiée : les loutres viennent généralement manger à terre ou sur des rochers hors de l’eau. La berge doit également vous permettre de bien voir sans que votre silhouette se détache. L’idéal est de se placer derrière un tronc, un rocher. Ce n’est pas toujours possible.

– une relative proximité avec la catiche : c’est souvent très difficile de repérer la catiche. Elle est parfois assez loin de l’eau pour éviter les inondations. C’est un tronc creux entouré de nombreuses racines, une cache dans des rochers, un terrier creusé par un autre mammifère ou une galerie dans une végétation très dense.
Pour trouver la catiche, l’idéal est de placer une série de pièges photographiques à déclenchement rapide sur les seuils des rivières. On pourra ainsi repérer le sens des déplacements le soir et le matin. Cette technique est coûteuse et exigeante en temps. Si la catiche est repérée, il ne faut pas se mettre à proximité pour éviter le dérangement, en particulier dans les pays où elle a été persécutée comme en France. Il faut se poster au minimum à une centaine de mètres et sur la rive opposée. A défaut, il faut choisir la mouille la plus proche.

Photo 10 : Chasse
Cette loutre gardait toujours le même sens de rotation dans son bassin de chasse. Il était possible d’anticiper sa trajectoire.

Voici quelques bons sites pour tenter de voir des loutres :
– 1 : Encinarejo (Espagne) : ce site dans la parc naturel d’Andujar, au Nord de l’Andalousie, est un des meilleurs d’Europe pour observer la loutre. Voir l’article Loutre d’Europe en Espagne pour plus de détail.

Au Royaume-Uni :
– 2 : Parc national du Loch lamond et des Trossachs (Ecosse).
– 3 : chute de Clyde (Ecosse).
– 4 : Réserve naturelle de Glenarm (Irlande du Nord).
– 5 : Magor Marsh et Teifi Marshes (Pays-de-Galles).
– 6 : Gilfach Farm (Pays-de-Galles) : le site est particulièrement intéressant d’octobre à décembre, quand les loutres viennent aux chutes d’eau pour chasser le saumon.
– 7 : les étangs le long de Druridge Bay (Angleterre).
– 8 : Tees Valley (Angleterre) : vers Portrack où la loutre est régulièrement vu même en ville et vers Bowesfield.

En France :
Le Limousin et l’Auvergne sont des régions très favorables mais comme partout en France, la loutre est assez nettement nocture, adaptation à une forte pression de chasse avant 1981.
– 9 : Parc Naturel Régional de Brière (Loire-Atlantique) : au Nord-Ouest de Nantes, c’est le 2e plus grand marais de France. les loutres sont nombreuses dans la partie centrale (secteur du bassin Brivet-Brière).
– 10 : Vallée du Léguer (Côte d’Armor).
Photo 11 : Dernière photo avant la nuit
Un objectif très lumineux est important pour photographier la loutre.

QUAND ?
On peut essayer toute l’année. La loutre est un peu moins difficile à observer en hiver (janvier, février, mars). Ceux qui ont repéré une catiche peuvent affûter au printemps pour profiter des jeunes.
A l’échelle quotidienne, la loutre est essentiellement nocturne. Le meilleur moment pour l’observer est tôt le matin. A défaut, le soir reste favorable. En hiver, dans les secteurs sans pression de chasse depuis longtemps, on peut voir la loutre en pleine journée.

L’idéal est de prévoir une nuit sur place : repérer les lieux en randonnant en journée, affiner les zones favorables le soir en cherchant les loutres et faire un affût dès l’aube le lendemain.

Photo 12 : Rocher pour le repas
Un rocher immergé est apprécié par cette loutre qui revient ici régulièrement pour manger son poisson.


Photo 13 (ci-dessous) : Jeune loutre

COMMENT ?
La loutre est un animal intelligent :
– les loutres qui ont été nourries par l’homme s’approchent très facilement et adoptent un comportement familier.
– les loutres qui ont été chassées sont très farouches et plus strictement nocturnes.
L’observateur doit donc adapter sa stratégie à l’histoire du secteur dans lequel il prospecte.

Dans les pays où la loutre a longtemps été chassée (comme en France), il faut faire un choix entre deux options :
– choisir une zone d’affût de qualité afin d’être vraiment invisible : derrière un tronc, un gros rocher… La loutre connaît bien son territoire et elle est capable de repérer s’il y a du changement dans son environnement, comme un affût artificiel par exemple.
– choisir un grand étang ou une large rivière et s’équiper d’une longue vue.
Il faut également s’attendre à une période d’observation restreinte sur le petit matin et tard le soir.

Dans les secteurs fréquentés par les touristes et préservés depuis longtemps, on peut observer à la jumelle légèrement en retrait des berges. Les photographes peuvent se contenter d’un affût sommaire. Certains, habillés en tenue de camouflage, s’allongent sur l’herbe à découvert. La loutre repère surtout le mouvement et les silhouettes. Il s’agit donc de rester immobile quand la loutre est en surface. Et de bouger lentement quand elle est en plongée.

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